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Les oiseaux du Canada: un aperçu de leur situation

Photo d'un Pygargue à tête blanche perché sur un pin mort
Les populations de Pygargue à tête blanche
ont commencé à se rétablir suite à la
limitation de l’utilisation de pesticides.
(photo: Charles Francis)
Le Canada est la terre d’accueil de milliards d’oiseaux appartenant à quelque 451 espèces indigènes observées régulièrement, qui élèvent leurs oisillons dans notre pays, vaste et diversifié, ou y sont présents en dehors de la saison de nidification. De plus en plus, ces oiseaux font face à de nombreuses menaces ici et ailleurs. La conservation fructueuse de cette richesse biologique nécessitera de notre part la gestion de ces menaces afin de maintenir ou de reconstituer des populations saines de toutes les espèces d’oiseaux—y compris des mesures supplémentaires pour assurer le rétablissement des 66 espèces désignées préoccupantes, menacées ou en voie de disparition à l’heure actuelle. Il est essentiel de surveiller attentivement la situation des oiseaux du Canada afin d’orienter la prise de mesures de gestion et de conservation fructueuses concernant ces espèces et d’autres. Il est plus économique de faire une intervention rapide lorsque se présentent des signes avant-coureurs dans l’environnement que d’intervenir lorsque le problème est à un stade critique.

Le présent rapport est un résumé de la situation des populations d’oiseaux du Canada, tant à l’échelon national que de chaque population, dans chacune des huit grandes régions du pays (voir le chapitre Établir l’état des populations d’oiseaux du Canada pour des détails sur les méthodes utilisées). Les résultats démontrent les fortes influences de l’activité humaine sur les oiseaux, tant positives que négatives. Le présent rapport révèle aussi les menaces planant sur les oiseaux et offre des solutions pour faire en sorte que les oiseaux communs le demeurent et rétablir les espèces menacées.


Les populations canadiennes d’oiseaux ont changé

En moyenne, les populations canadiennes d’oiseaux nicheurs ont diminué de 12% depuis 1970, lorsque la surveillance efficace de la plupart des espèces a débuté. Les effectifs des espèces pour lesquelles il existe des données suffisantes sur leur situation ont diminué chez 44% de celles-ci, augmenté chez 33% et peu changé chez 23%. Certains groupes, comme les oiseaux de prairie, les insectivores aériens et les oiseaux de rivage, connaissent une importante diminution. D’autres groupes, comme la sauvagine, les oiseaux de proie et les oiseaux de mer coloniaux, connaissent une augmentation grâce à une gestion prudente, des changements dans l’habitat et des réductions dans les contaminants environnementaux.

Graphique illustrant le changement en pourcentage de la taille des population des espèces d'oiseaux indigènes au Canada et de huit sous-groupes depuis 1970
Indicateurs de la situation nationale des populations de toutes les espèces d’oiseaux indigènes observées régulièrement au Canada et de huit sous-groupes choisis (cliquez sur le graphique pour un tableau des données).
Photo d'une Chevêche des terriers dans un pâturage
La Chevêche des terriers tire profit des
pâturages bien gérés pour maintenir son
habitat. (photo: Geoff Holroyd)
Le déclin des oiseaux de prairie présente des défis et des possibilités au chapitre de la conservation au sein des paysages exploités. De nombreuses espèces d’oiseaux de prairie en voie de déclin peuvent coexister avec des méthodes agricoles soucieuses des oiseaux. Quelques espèces tirent actuellement profit de densités appropriées de bétail en pâturage pour nicher, alors que d’autres pâtissent dans des zones perturbées. Les quelques prairies naturelles qui restent au Canada doivent être protégées, et de nouvelles créées, afin d’assurer la survie d’espèces comme le Tétras des armoises. La gestion efficace des prairies est également nécessaire à l’extérieur du Canada, notamment aux États Unis, au Mexique et dans la partie sud de l’Amérique du Sud, où de nombreux oiseaux en provenance du Canada hivernent.

Photo d'une Hirondelle rustique en vol
Les populations d’Hirondelle rustique et
d’autres espèces d’insectivores aériens ont
diminuén de façon dramatique. (photo: Nick
Saunders)
Les insectivores aériens—des oiseaux qui se nourrissent d’insectes en vol—connaissent un déclin plus marqué que tout autre groupe d’oiseaux. Ces déclins résultent probablement d’une combinaison de divers facteurs, tant au Canada que dans leurs aires d’hivernage en Amérique du Sud et en Amérique centrale, notamment la réduction du nombre d’insectes, la perte d’habitat, l’utilisation de pesticides et les changements climatiques. L’abondance d’espèces autrefois très communes, comme l’Hirondelle rustique et le Martinet ramoneur, a diminué à moins de 25% du niveau de leurs populations en 1970. Il est urgent d’effectuer des recherches afin de comprendre et de renverser les causes de ces déclins pour éviter la perte de ces espèces.

Il est urgent d’agir dans le cas des oiseaux de rivage. En tant que groupe, les oiseaux de rivage ont diminué de près de la moitié. Comme la majorité des oiseaux de rivage migrent sur de très longues distances, la perte et l’altération de milieux humides, d’estuaires, de deltas et de vasières à toutes les étapes de leur périple, autant sur leurs aires de nidification au Canada que sur leurs aires d’hivernage dans l’hémisphère occidental, en passant par leurs haltes migratoires, leur nuisent grandement. Il est essentiel de maintenir une coopération internationale pour l’identification et la conservation des sites clés dont ont besoin les oiseaux de rivage tout au long de leurs longues migrations.

Photo d'Érismatures rousses avec quatres poussins sur un étang
La bonne gestion des milieux humides et de la chasse
profite à l’Érismature rousse. (photo: Ducks Unlimited)
L’accroissement des populations de sauvagine reflète le succès de la gestion de la chasse et des milieux humides. La coopération internationale entre gouvernements et organisations vouées à la conservation, par le biais du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine (PNAGS), a mené à une gestion plus durable de la chasse à la sauvagine, ainsi qu’à la protection ou la restauration de nombreux milieux humides — un habitat important pour la sauvagine (canards et oies) ainsi que d’autres oiseaux des milieux humides. Ces réalisations démontrent que la gestion de l’habitat peut contribuer à la conservation des oiseaux. Toutefois, de nombreuses menaces planent encore sur les milieux humides, notamment le drainage pour l’agriculture et le développement, la pollution, les espèces non indigènes envahissantes et les sécheresses de plus en plus fréquentes résultant des changements climatiques. C’est pourquoi il faut poursuivre les efforts au chapitre de la conservation.

L’accroissement des populations d’oiseaux de proie dénote le succès de l’intervention directe. De nombreuses populations d’oiseaux de proie ont été durement touchées par la contamination au milieu des années 1900. L’interdiction de l’utilisation de pesticides persistants, comme le DDT, combinée à des programmes de rétablissement portant sur des espèces particulières, comme le Faucon pèlerin, a mené à de véritables réussites depuis 1970. Le rebondissement de populations démontre qu’une intervention rapide peut renverser les dommages à l’environnement. Une vigilance et une surveillance de tous les instants sont nécessaires afin d’assurer que toutes les répercussions possibles de nouvelles menaces, comme les perturbateurs endocriniens, soient promptement identifiées et éliminées.


Le succès de la conservation requiert des gestes concrets et la coopération internationale.

La perte d’habitat dans les haltes migratoires et les aires d’hivernage constitue la plus grave menace planant sur de nombreuses espèces pendant leur longue migration. Cependant, la pollution, les pesticides, la chasse, les collisions avec des structures construites par l’homme et les changements climatiques ont aussi des effets. En raison du fait que la majorité des espèces migrent au delà des frontières du Canada, la coopération internationale est nécessaire pour contrer ces menaces.

Les résultats présentés dans ce rapport illustrent les réussites antérieures au chapitre de la conservation et les défis constants auxquels font face les espèces d’oiseaux du Canada. Bien qu'il reste encore beaucoup à faire, les réussites et les recherches en cours afin de trouver des solutions pour les groupes d’oiseaux en danger semblent indiquer qu’il y a des raisons d’être optimiste. Des solutions peuvent et doivent être mises en œuvre à tous les niveaux de la société canadienne : individus, organisations, entreprises et gouvernements.

Cette carte indique l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, et présente des flèches indiquant le pourcentage d'oiseaux migrateurs qui franchissent les frontières (p. ex., demeurant au Canada = 22%; Canada - Europe / Asie / en mer = 7%; Canada - Amérique du Sud = 15%; Canada - Amérique centrale = 23%, et Canada - États-Unis = 33%).

Les Canadiens doivent agir à l’échelle internationale pour obtenir du succès en matière de conservation et être conscients du fait que nous partageons « nos » oiseaux avec de nombreux autres pays. Seulement 22% des espèces d’oiseaux du Canada sont résident à l’année. La plupart des autres espèces migrent à destination des États-Unis (33%), de l’Amérique centrale, du Mexique et des Caraïbes (23%) ou de l’Amérique du Sud (15%). Certaines se dirigent vers l’Europe ou l’Asie ou séjournent pendant de longues périodes en mer (7%).