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Préoccupations de conservation concernant les oiseaux

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) désigne 15 % des espèces répertoriées au Canada à un niveau quelconque d’une catégorie de risque. Ces espèces nécessitent des efforts supplémentaires pour le rétablissement de leurs populations à des niveaux sains et pour assurer leur conservation à long terme. Une attention particulière est également nécessaire dans le cas des espèces affichant des déclins marqués, qui peuvent devenir en péril si des mesures ne sont pas rapidement prises.

Graphique à barres illustrant le pourcentage d'espèces présentant un fort déclin ou apparaissant sur la liste du COSEPAC dans chaque région du Canada
Le pourcentage des espèces d’oiseaux désignées comme étant en péril par le COSEPAC ou pour lesquelles on enregistre de fortes diminutions des populations varie selon les régions géographiques d’un bout à l’autre du Canada. Les proportions les plus élevées d’espèces en péril se retrouvent dans les régions les plus lourdement touchées par l’activité humaine : les Grands Lacs intérieurs et le Saint-Laurent, la région de la côte ouest et des montagnes et les Prairies. L’Arctique connaît également un pourcentage élevé d’espèces préoccupantes, en raison en partie des changements qui surviennent à l’extérieur de l’Arctique — la perte et la dégradation de l’habitat le long de leurs longues voies migratoires et dans les aires d’hivernage de l’hémisphère Sud.

Protéger les espèces en péril

Photo d'une Pie-grièche migratrice sur un poteau
La Pie-grièche migratrice a vu sa population
diminuer dans toute son aire de répartition au
Canada et elle est maintenant considérée une
espèce en voie de disparition. On a entrepris
l’élevage en captivité, qui jouit d’un certain
succès, mais la remise en liberté d’individus dans
la nature présente des défis étant donné que les
menaces originelles ne sont toujours pas complè-
tement comprises et réglées.(photo:May Haga)
La Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada et d’autres lois provinciales et territoriales dans la plupart des régions du Canada assurent une protection supplémentaire aux espèces en péril, et exigent des plans de rétablissement afin de cerner les mesures appropriées pour protéger chaque espèce. Dans la pratique, la conservation des espèces en péril et la mise en œuvre de plans de rétablissement présentent de nombreux défis. On dispose de fonds limités pour appuyer le rétablissement. Des espèces peuvent être touchées par un vaste éventail de menaces, tant au Canada qu’ailleurs, le long de leurs voies migratoires et dans les aires d’hivernage. Dans de nombreux cas, les causes précises des déclins ne sont pas connues, ou il faut effectuer des recherches pour déterminer les menaces les plus importantes afin que des efforts puissent être dirigés vers les problèmes les plus critiques. Dans des cas extrêmes, il a été nécessaire de procéder à l’élevage en captivité pour aider à rétablir les populations qui avaient atteint des niveaux excessivement bas. Toutefois, cette façon de faire est très coûteuse et on ne peut l’appliquer que pour quelques espèces; et on réussit uniquement si les menaces originelles ont été réglées.

Graphique à barres illustrant le pourcentage d'espèces considérées à risque au Canada en 2001, 2006 et 2011
Depuis 2001, lorsque le COSEPAC a adopté ses critères actuels pour les évaluations, le nombre d’oiseaux désignés comme étant en péril a augmenté. Cette tendance reflète en partie les améliorations dans nos connaissances – de meilleurs renseignements, plus d’espèces évaluées et une plus grande sensibilisation aux espèces en péril – mais aussi des baisses réelles dans la situation de certaines espèces d’oiseaux du Canada.

Graphique illustrant l'index du statut COSEPAC en 1978 à 2010
Un indice des changements dans la situation des espèces désignées par le COSEPAC au fil du temps indique qu’en moyenne la situation s’est améliorée (valeurs supérieures à 100) entre la fin des années 1970 et la fin des années 1990, une fois les espèces désignées. De nombreuses espèces évaluées pendant les périodes antérieures avaient connu un déclin à la suite de l’utilisation de pesticides toxiques comme le DDT. L’interdiction du DDT, conjuguée à des efforts concertés de conservation comme des programmes de réintroduction, l’installation de nichoirs artificiels et de plateformes ont aidé au recouvrement de certaines espèces. Depuis les années 1990, la situation moyenne des espèces en péril s’est aggravée. De nombreuses espèces sont menacées par des combinaisons complexes de facteurs qui sont mal compris et qui rendent un rétablissement rapide peu probable.

Photo d'une Grive des bois
La Grive des bois, bien connue pour son chant
éthéré, aigu, était l’un des oiseaux forestiers les
plus répandus dans l’est de l’Amérique du Nord,
mais la population canadienne a diminué de près
de 70 % au cours des 40 dernières années. Des
mesures de conservation d’urgence, notamment la
conservation de l’habitat dans son aire de repro-
duction et ses aires d’hivernage en Amérique
centrale, sont nécessaires pour renverser la
tendance et pour assurerqu’elle ne sera jamais
désignée comme espèce en péril. (photo: Isaac
Sanchez)

Mieux vaut prévenir que guérir

Il est beaucoup plus rentable de prendre tôt des mesures pour empêcher que des espèces deviennent en péril, au lieu d’exiger des mesures d’urgence pour rétablir les espèces en voie de disparition. Il faut accorder une attention particulière aux espèces d’oiseaux dont les populations ont enregistré des baisses marquées et qui n’ont pas encore atteint une situation critique. La Planification de la conservation des oiseaux (voir la page 28), centrée sur les espèces prioritaires, peut contribuer à cerner les moyens les plus efficaces pour gérer le paysage afin d’assurer la conservation d’espèces avant qu’elles ne deviennent menacées ou en voie de disparition.

Photo d'un Pluvier siffleur sur un nid
Le Pluvier siffleur (Photo: Gordon Court)

Conflits en matière d’utilisation des terres dans l’aire de répartition du Pluvier siffleur

Dans l’ensemble de son aire de répartition, le Pluvier siffleur dépend de l’habitat, soit les plages de l’est du Canada ainsi que dans les zones d’hivernage, les lacs, les étangs et d’autres sources d’eau dans les Prairies, qui sont, somme toute, des endroits extrêmement convoités par les gens. Pour ce qui est des menaces présentes sur l’aire de reproduction du Pluvier siffleur, citons les perturbations accidentelles et la destruction des nids par les utilisateurs de la plage ainsi que la prédation par les chats ou d’autres prédateurs, notamment les corneilles et les goélands. Dans la zone d’hivernage de cette espèce, de nombreuses plages sont transformées en établissements touristiques afin de soutenir l’économie locale. Des efforts de coopération internationale qui trouvent un juste équilibre entre le développement économique et les besoins du Pluvier siffleur en matière d’habitat sont nécessaires afin de réhabiliter cette espèce en voie de disparition.


Photo d'une Mouette blanche sur la glace
La Mouette blanche a été désignée espèce préoccupante en 2001 mais dès 2006, en raison d’un déclin continu, sa situation a été réévaluée et elle s’est vu accordé le statut d’espèce en voie de disparition. On estime qu’il reste seulement de 500 à 700 adultes au Canada. (photo: Alan Burger)
Photo de deux Grues d'Amérique
La Grue blanche (Photo: © Parcs Canada/Klaus Nigge)

La Grue blanche : un exemple à suivre

Même si les problèmes de conservation des oiseaux peuvent être de taille, les préoccupations et le dévouement de Canadiens, œuvrant en collaboration avec des partenaires de partout dans les Amériques, a parfois débouché sur des réussites. En 1938, la population de Grues blanches avait diminué en raison d’une combinaison de la chasse et de la perte d’habitat. au point où il ne restait que 15 individus. Une gestion intensive, tant au Canada qu’aux États-Unis, a inclus des activités de protection de l’habitat, un programme d’élevage en captivité, la création de nouvelles populations dans la nature et l’utilisation d’avions ultralégers pour enseigner la migration. En 2011, la population dépassait 430 individus dans la nature (y compris les populations introduites) et 160 autres en captivité. Ces efforts ont graduellement éloigné ce magnifique oiseau du risque de disparition, bien que la Grue blanche soit toujours considérée comme une espèce en voie de disparition et demeure l’un des oiseaux les plus rares en Amérique du Nord.

Où sont passées toutes les hirondelles?

Les insectivores aériens sont des oiseaux qui se spécialisent dans un régime d’insectes aériens. Les populations de ce groupe d’oiseaux ont diminué plus que celles de n’importe quel autre groupe au Canada. Parmi les 26 espèces qui se reproduisent au Canada, 22 sont sur le déclin, les martinets, les hirondelles et les engoulevents – l’Engoulevent d’Amérique et l’Engoulevent bois-pourri – présentant les changements les plus alarmants.

Photo d'une Hirondelle à front blanc en vol
Le nombre d’Hirondelle à front blanc a diminué,
comme c’est le cas pour plusieurs autres espèces
d’hirondelles. La plupart des colonies se trouvent
désormais sur des structures humaines comme les
immeubles et les ponts, et doivent être protégées.
(Photo: Charles M. Francis)

Nous ne savons pas encore pourquoi les insectivores aériens enregistrent ces fortes diminutions. Ces oiseaux dépendent entièrement d’insectes aériens pour se nourrir et toute diminution dans ces populations d’insectes en raison des pesticides ou d’autres contaminants – au Canada, le long des voies de migration ou dans les aires d’hivernage – pourrait avoir une grande incidence sur leur survie. Même un petit changement dans la saison d’apparition des insectes, en raison des changements climatiques, pourrait entraîner un décalage des cycles saisonniers des oiseaux et des insectes qui sont leurs proies. Les conséquences pourraient être catastrophiques pour les oiseaux qui n’ont pas d’autres sources d’alimentation. Pour certains insectivores aériens, notamment le Martinet ramoneur et l’Hirondelle rustique, les sites de nidification artificiels ne sont plus aussi largement disponibles (p. ex., les cheminées à foyer ouvert, les étables en bois), et l’habitat de certaines espèces qui nidifient dans les arbustes et en zones ouvertes a également diminué. Cependant, il n’y a aucun changement évident dans l’habitat de reproduction pour d’autres espèces. Il est urgent de mener des recherches plus approfondies afin de cerner les causes de ce déclin de façon à ce que des mesures de conservation appropriées puissent être prises pour renverser la tendance.

Graphique illustrant le changement en pourcentage de la taille des population de deux différents groupes d'insectivores aériens depuis 1970, Graphique à barres illustrant le nombre d'espèces en augmentation ou en déclin dans chaque groupe
Indicateurs de la situation moyenne des populations de deux groupes d’insectivores aériens (cliquez sur le graphique pour une version aggrandie et des tableaux contenant les données associées)
Photo d'un Moucherolle à côté olive
Le Moucherolle à côtés olive se reproduit près
des milieux humides de la forêt boréale.
Les populations ont diminué de façon marquée
au point que cette espèce est désormais
désignée comme une espèce menacée. On ne
comprend pas les causes de leur déclin. (photo:
Nick Saunders)
Photo d'une éphémère
Les changements dans les populations d’insectes
aériens sont encore mal compris, mais ils pourraient
être responsables du déclin des insectivores
aériens. (photo: Harvey Schmidt)